PLU-6917 Arts et géographies (E-2016)_métaphore de l’archipel

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Métaphore vive

Servir des buts différents avec une double fonction de représentation et d’inventivité. D’une part la figure de la métaphore fait image, elle contribue à faire voir, faire paraitre (Ricoeur 1975, 49), d’autre part au-delà de l’évocation, elle organise et bricole.

Considérée formellement, en tant qu’écart, la métaphore n’est qu’une différence dans le sens; rapportée à l’imitation des actions les meilleures, elle participe à la double fonction qui caractérise celle-ci : soumission à la réalité et invention fabuleuse; restitution et surévélation. (Ricoeur 1975, 57)

Bien sûr, avec la métaphore nous sommes dans le discours, mais nous sommes aussi dans le mouvement. Non, le texte n’exclut pas l’action et ce, avant même d’être médié par le corps, par l’écran ou par des algorithmes.

Présenter les hommes « comme agissant » et toutes choses « comme en acte », telle pourrait bien être la fonction ontologique du discours métaphorique. En lui, toute potentialité dormante d’existence apparaît comme éclose, toute capacité latente d’action comme effective. L’expression vive est ce qui dit l’existence vive. (Ricoeur 1975, 61)

C’est la vivacité de la métaphore qui permet de refaire le monde et dans l’expérience esthétique, les émotions fonctionnent de façon cognitive. (Nelson Goodman cité dans Ricoeur, 291). La métaphore poétique ne brouillerait-elle pas les frontières entre ces différentes façons d’appréhender le réel? À la manière du concept d’histoires incarnées-en-action de Daya, à travers les métaphores les couches de sens s’additionnent pour rendre compte de réalités plurielles en mouvement.

LA MÉTAPHORE DE L’ARCHIPEL

Nous l’avons vu plus haut, les métaphores maritimes sont nombreuses sur Internet. Selon Jamet, on peut expliqué cet état de faits par le caractère vaste, infini que représente la mer, l’océan (Jamet 2006, 48).

C’est donc la perception de la notion de vastitude qui a servi de base à la conceptualisation d’Internet, mais n’y a-t-il pas d’autres traits connotatifs qui permettent également de structurer ce domaine ? La mer représente aussi dans l’inconscient collectif un endroit quasi-magique, à découvrir, qui garde toujours son mystère, qui est aussi potentiellement source de dangers (cf. vision de la mer dans la Bible). Ainsi, les débuts d’Internet ouvraient-ils un espace de découverte infini, sans limites, sans frontières, et l’anglais américain l’a structuré via le domaine maritime, peut-être par influence des premiers colons débarqués aux Amériques, et de la vastitude de l’espace ouvert devant eux. Pas étonnant alors que le langage d’Internet ait été influencé par le domaine maritime. Ne parle-t-on pas également de cap de navigation, de navigateur, de navigation, termes purement maritimes? (Jamet 2006, 49)

À travers les métaphores maritimes, il y a la figure de l’archipel, qui structure notamment la géopoétique. Dans son livre Vers une approche de la géopoétique, Rachel Bouvet fait une analyse intéressante et fouillée de la figure de l’archipel, associée à l’Institut de géopoétique et à ses « îles-collectifs », qui sont disséminées de par le monde.

Comme toute frontière, la mer sépare et unit tout à la fois. L’étymologie nous apprend que le terme archipel désignait, à l’origine en grec, la « mer Égée des Anciens parsemée d’un grand nombre d’îles », alors qu’il renvoie plutôt aujourd’hui à un « ensemble d’îles disposées en groupe ». C’est ce glissement que rappelle à sa manière Louis Joubert dans son article sur « L’archipel Glissant » : « Un archipel, c’est d’abord une mer – une mer parsemée d’îles (la continuité est mise au premier plan), mais le sens s’est retourné puisqu’un archipel est maintenant un groupe d’ïles (insistance donc sur la discontinuité). » La fluidité, ce trait caractéristique de la matière aquatique, rend possible la continuité : l’eau de la mer ou du fleuve baigne les îles, déroule ses vagues sur les rivages, recouvre la barrière de corail et se répand dans les lagons. […] (Bouvet 2015, 15)

Bouvet nous présente des façons différentes d’appréhender la figure de l’archipel selon que l’on soit insulaire ou continental, en fonction donc de l’expérience vécue de l’archipel. L’archipel peut être perçu en continuité (à travers les parcours et la mobilité entre les îles) ou en discontinuité (comme des fragments d’îles). L’auteur fait référence à Glissant et à Bonnemaison pour développer cette première perspective, qui met l’accent sur la fluidité de l’eau qui tisse des liens entre les îles…

Plutôt que d’obéir au modèle du centre et de la périphérie, modèle en vigueur dans la majorité des espaces peuplés, l’espace y est conçu de manière réticulaire. Bonnemaison explique cette vision particulière des îles en les considérant comme des espaces « à centres multiples réunis par des réseaux ou par des processus de circulation et d’échanges formant comme autant de cheminements en étoile, apparemment sans direction fixe, et dessinant plus des entrelacs que des axes ». Autrement dit, ce n’est pas la discontinuité propre à la configuration des îles qui est mise de l’avant, mais bien les parcours multiples effectués par les insulaires, leur propension à sillonner avec la mer pour échanger avec les autres. (Bouvet 2015, 16)

Ces « réseaux » décrits par Bonnemaison font penser à Dollfus et à sa métaphore de l’AMM (Archipel Mégapolitain Mondial) :

Dans ce travail de recherche d’outils et de concepts nouveaux pour penser la ville d’aujourd’hui, la définition de l’AMM* tient une place particulièrement importante. C’est ce terme d’AMM* (Archipel Mégalopolitain Mondial) qui cristallise aujourd’hui les idées de fonctionnement des villes en réseaux à l’échelle monde. C’est Olivier Dollfus qui propose en 1996 la première théorisation rigoureuse de l’AMM. « L’archipel mégalopolitain mondial (AMM), formé d’ensemble de villes qui contribuent à la direction du monde, est un création de la deuxième partie du xxe siècle et l’un des symboles les plus forts de la globalisation liée à la concentration des activités d’innovation de et commandement. (Degorn 2001)

Dans les deux cas nous avons cette idée de réseau (de distances établies en fonction des relations, connexions) de toile. Cette même « toile » du web et cette façon que nous avons d’y circuler à travers des parcours qui se redéfinissent à l’infini.

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