FRA-3825 Éditorialisation numérique (E-2016)_assemblage

code/espace

 

“Take the example of a review on Tripadvisor. We could locate this action in a representational paradigm: the review represents the restaurant. In keeping with the paradigm, we have a signifier (the review) and a signified (the restaurant) – or, using the same paradigm, a sense and a reference. But this interpretation does not truly reflect the reality of the reviewing practice. In writing a review, in a sense one produces the restaurant. The review is a way of characterizing the restaurant: of making it more or less visible, for instance, or of deciding whether it is a fish or a meat restaurant. Writing a review means giving a particular existence to the restaurant. According to its rankings and reviews, the restaurant will take a particular position in the Tripadvisor space – as if its position on a street were changed. In order to say what the restaurant is, we must consider numerous factors, including its location (its address in the physical world), the name of its owner, and the dishes it serves, but also its position on Tripadvisor, its visibility on Google, and the collection of comments about it that can be found on online platforms. Editorialization contributes to the production of the restaurant because it is a part of its reality.”

(Digital Architectures: The Web, Editorialization, and Metaontology | Marcello Vitali-Rosati)

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UN MONDE MULTICOUCHES

Au final tout est une question spatiale. La mise en page est la structuration d’un texte dans un espace page, l’éditorialisation comprend une étape de mise en forme des contenus, le web sémantique veut aménager les données, la transdisciplinarité appréhende la culture numérique avec des perspectives différentes, en se positionnant à différents “endroits” par rapport à l’objet d’étude.

“Si l’on en croit Michel Foucault (2004, p. 13) : « l’inquiétude d’aujourd’hui concerne fondamentalement l’espace » (plutôt que le temps). Jameson (2007, p. 55) ne dit pas autre chose : « … notre vie quotidienne, notre expérience psychique, nos langages culturels, sont aujourd’hui dominés par les catégories de l’espace plutôt que par les catégories du temps comme c’était le cas dans la période précédente du haut modernisme » (voir également Harvey, 1990, p. 201). Cette préoccupation contemporaine pour l’espace s’illustre dans la multiplication des réflexions sur le territoire (Crang et Thrift, 2000), des interventions artistiques fondées sur la géographie (Abrams et Hall, 2006), et la prolifération des cartes de toute espèce (Desbois, 2009). Le fort sentiment d’une déstabilisation intellectuelle, sociale, économique et politique induite par la mondialisation joue ici un rôle majeur.

(Code Source de William Gibson et les imaginations géographiques à l’ère du GPS | Henri Desbois)

Dans CODE/SPACE, les auteurs dressent une généalogie sommaire du concept “d’espace” à travers les époques. Avant les années 50, l’espace était plutôt considéré comme un contenant, lié au territoire et aux paysages. Dans les années 60, l’espace est alors soumis (à nouveau!) au modèle mathématique de la grille (d’Euclide!) et au concept de la localisation, qui en découle. À partir des années 70, les géographes réalisent que les interactions et les relations qui ont lieu à l’intérieur d’un espace, contribuent à le définir et à le structurer. Enfin, depuis 10 ans, le concept de virtualité met l’accent sur le caractère mouvant de l’espace. Le virtuel n’est pas à mettre en opposition avec le réel, puisqu’il est la possibilité du réel ou le réel en mouvement. L’espace est en perpétuel devenir et (re)définition de lui-même. À ce moment-ci de ma réflexion, je me dis que je devrais lire S’orienter dans le virtuel. Non seulement, ça devrait m’aider à comprendre le concept de virtuel, mais ça pourrait m’aider à m’orienter tout court… ce qui est une éventualité enthousiasmante.

“Space, it was argued, was not a neutral and passive geometry, essentialist and teleological in nature. Instead, space was conceived as relational, contingent, and active, as something that is produced and constructed; “constituted through social relations and material social pratices” […] In the last decade, a small cluster of scholars have begun to challenge absolute and relationnal conceptions of space, seeking to develop new understandings of space based on ontogenetic ideas. In so doing, they change the central question of the inquiry from “what space is” to “how space becomes”. Space (and everything else in the world), they argue, is not ontologically secure, it is not fixable, definable, knowable, predetermined entity. Rather space is always in the process of becoming; it is always in the process of taking place.”

(CODE/SPACE | Kitchin and Dodge, p.67-68)

En plus d’être lié aux relations, l’espace est relié au mouvement (donc au temps). L’espace est en transformation perpétuelle, en redéfinition de lui-même, d’où son aspect performatif. Il est insaisissable, parce rattaché aux actions (aux humeurs), à la mémoire et au contexte. Chez Vitali-Rosati comme chez Kitchin and Dodge, nous retrouvons l’idée que le code (l’écriture) est automatiquement associé à la construction de l’espace.

“Spaces have multiple functions and through the daily flux of interactions, transactions, and mobilities are always in the process of being made differently”

(CODE/SPACE | Kitchin and Dodge, p.68)

L’exemple du restaurant (en haut de page), démontre bien que les actions (clics, évaluations, etc.) que nous effectuons dans l’espace numérique participent à l’identité du restaurant. Au-delà du restaurant et de sa réalité dans l’espace physique, se superpose l’espace qu’il occupe sur le web. Sa visibilité et son existence reposent sur les relations croisées entre le web et le restaurant physique. Le restaurant a différents chapeaux, selon le contexte ou selon la perspective : il est une construction/architecture, un lieu social, une rubrique sur tripadvisor, un élément de recherche google, etc. Toutes ses couches participent à la réalité du restaurant. Cette façon de concevoir l’identité du restaurant me fait penser au concept d’identité d’Amin Maalouf dans Les identités meurtrières. Une identité associée à la multiplicité des expériences et des appartenances. Bien sûr, Maalouf développait un concept d’identité lié aux individus et non pas aux espaces, mais peut-être qu’il n’y a pas tellement de différences entre les espaces et les individus et qu’à force d’être tissés les uns aux autres, on ne sait plus si l’espace construit plus l’individu que l’inverse. J’habite l’espace et l’espace m’habite.

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