(co)lin-maillard – intuitions et pistes de réflexion

(co)lin-maillard

“Jean-Colin-Maillard est un guerrier du pays de Liège.”

Pour le projet à réaliser dans le cadre du DESS, j’envisage de travailler à partir d’un texte dans deux directions différentes : développer à la fois une plateforme web avec des capsules sonores et un zine de fabrication artisanale. Je m’intéresse à la fois au web comme support et au papier comme matière et j’ai envie d’aller valider comment les deux formes d’expression du texte vont s’influencer et se nourrir l’une l’autre. Pour l’instant je travaille à l’écriture d’un texte, qui se construit autour de mon expérience nomade et d’entrevues effectuées avec une dizaine de nouveaux arrivants qui ont migré au Canada depuis moins de cinq ans. Le texte, qui  a pris déjà plusieurs formes (une forme trop théâtrale pour les littéraires, une forme trop littéraire pour les gens du théâtre) était initialement pensé en vue d’une lecture performée ou d’une installation.

Chez l’Agence Topo, Michel Lefebvre croit que « de plus en plus, on va être en présence du [récit hypermédiatique], le directeur citant l’exemple de La Presse+. Le mode d’accès à ce contenu narratif permet de nouvelles mutations du récit, de la nouvelle ou du conte et de la poésie. C’est dans ce sens que ça va invariablement se développer
– (ROM, web)

TEXTE
Les rencontres et les propos recueillis (enregistrements) servent directement à nourrir le texte en rédaction. Ce texte s’articule autour de récits migratoires. Chacun a un parcours migratoire. D’ailleurs, nous sommes amenés de plus en plus à habiter des lieux éloignés, à voyager, à nous déplacer, à migrer ou à immigrer. Nos déplacements ne se font pas, pour tous, sur de grandes distances, certains ont une expérience du territoire (des territoires : intérieur, géographique et numérique) qui les amènent à circuler dans de plus ou moins grands rayons de distances sous forme d’allers-retours. Au-delà des mouvements de ceux qui partent et reviennent, ma poésie cherche à donner la parole à ceux qui partent pour ne pas revenir, qui quittent un territoire pour un autre définitivement et qui se laissent transformer par un territoire, qui passe de destination à origine une fois qu’on a décidé de s’y enraciner. Je m’intéresse aux questions d’identité, d’intégration et de communication interculturelle. Mon intérêt pour les parcours migratoires s’est manifesté à la suite d’un stage professionnel de six mois en Afrique de l’Ouest. (macbook pro, crayons, papier, logiciel de traitement de texte)

CAPSULES AUDIO POÉTIQUES
Des extraits sonores des entrevues seront utilisés (avec l’autorisation des personnes interviewées) pour la conception des capsules audio. Ce projet se veut un mélange de documentaire dramatique et de voyage sonore poétique. Un univers baroque qui marrie des tableaux évocateurs, des extraits de conversations réelles, des situations imaginées et des séries d’échantillonnages visuels et-ou sonores. J’utiliserai différents échantillonnages sonores (captations personnelles, détournements de sons issus de la culture populaire, matériel des entrevues avec les nouveaux arrivants et ma propre voix) pour la conception des capsules audio poétiques. Jouer sur les contrastes entre mélodie et rythmes (percussions), entre qualité sonore et mauvaise sono. Multiplier les références sonores (inter)culturelles (radio, thèmes de téléromans, chants de la mosquée, griots, animaux, gazouillis en langues étrangères, bruits de pilons dans les mortiers, appels à l’aéroport, musiques, conversations sur l’expérience migratoire, etc.). Je travaille avec mes propres captations, mais j’échantillonne aussi les sons de l’espace-web. J’aime bien les plateformes collectives (freesound.org) et aussi tous les référents sonores culturels en ligne sur youtube notamment (extraits de discours politiques, publicités, chansons, etc.). L’espace numérique présente une quantité de matière infinie à organiser et la musique est “une organisation de bruits”. (enregistreur Zoom H4, macbook pro, abletonLIVE, studio pour enregistrements des voix)

ZINE ARTISANAL
Je m’intéresse de plus en plus aux formes d’éditions papier marginales et j’ai envie d’explorer différentes formes de reliures. Il existe différentes reliures japonaises, ainsi que des reliures à la machine à coudre qui piquent ma curiosité. Je me suis aussi procurée récemment une machine à écrire manuelle. Étrangement, les premiers textes que j’ai écrits étaient sur une machine manuelle similaire. Il est évident que le moyen technique, l’outil utilisé pour écrire influence l’écriture (crayon/machine à écrire/ordinateur), mais de quelle façon? Au-delà du support qui diffère (papier/écran), il y a un rapport au temps qui est différent et un rapport aux savoirs. À l’époque où j’ai fait mon baccalauréat, on passait encore beaucoup de temps en bibliothèque pour faire des recherches dans des répertoires de papier. À peine quelques années plus tard, une quantité magistrale d’informations est en circulation sur le web, plusieurs documents du passé sont numérisés. On peut consulter des dictionnaires du XVIIe siècle, des mémoires et des thèses de nombreuses universités, des revues, etc.  On peut écrire, googler une question, répondre à un courriel et revenir à l’écriture en clignant des yeux. On arrive à se demander comment on faisait pour étudier jadis et comment on fait pour se concentrer aujourd’hui? Comment arrivait-on à rédiger avant le copié-collé et comment fait-on pour décrocher aujourd’hui ? J’essaierai d’y réfléchir en faisant de la couture de couvertures de livres… (papiers, fils, machine à coudre, machine à écrire, crayons)

PLATEFORME WEB
J’aime bien le principe de la plateforme web pour deux raisons : elle permet de laisser une trace d’un projet, de l’inscrire dans le temps, comme elle permet de rejoindre un plus large public. Bien sûr, il y a un travail de communication à faire pour générer un lectorat. Avec la quantité de blogues qui existent, comment se démarquer pour être lu et comment sortir du lot? En impliquant des communautés de participants déjà existantes certainement et en rendant la plateforme interactive/collaborative. Les gens sont intéressés à lire des textes qui les touchent, mais ils le sont sans doute plus encore lorsqu’ils sentent qu’ils participent à l’élaboration du contenu d’une plateforme. Sur une plateforme il est possible de centraliser facilement différents types de médias (textes, fichiers audio, images) et de faire des liens avec des sites externes de manière fluide, organique. Idéalement, j’aimerais utiliser la plateforme dans mes ateliers et lors de la lecture performée, c’est-à-dire, j’aimerais qu’il y ait déjà une base de contenu que je peux utiliser dans différents contextes (voir sections ATELIERS et LECTURE PERFORMÉE ci-dessous), tout en laissant place à l’ajout de contenus (l’aspect work-in-progress collectif de la plateforme). Je me questionne sur les communautés à interpeler : nouveaux arrivants, auteurs, organismes du quartier, participants de mes autres activités? J’imagine que ce n’est pas trop clair… c’est encore nébuleux dans ma tête. J’ai l’idée de ce que je veux sans trop savoir comment ça va s’articuler pour l’instant… (plateforme de type blogue comme WordPress, macbook pro, logiciels libres de droit pour dynamiser le blogue de type ThingLink, photoshop, compte soundcloud, compte flickr)

ATELIERS
J’aimerais en parallèle de la plateforme web et du zine, faire un projet de médiation culturelle avec des nouveaux arrivants. Je solliciterais le Centre Yves-Thériault, centre de francisation avec qui j’ai déjà des contacts, qui participe au projet de Parcours géopoétique notamment. L’idée serait d’utiliser les témoignages déjà existants comme amorce pour délier les langues. Utiliser la parole donc, pour générer la parole. Il y a déjà des thématiques qui se dessinent, des sujets qui reviennent à travers les différents témoignages comme la famille, l’adaptation, la communication interculturelle, les difficultés liées à l’emploi, l’identité, etc. L’idée étant de créer des chaînes d’allers-retours entre la plateforme et les ateliers : la plateforme nourrit les ateliers, qui nourrissent la plateforme… (local, papiers, crayons, projecteur, macbook pro ou tablette, connexion internet, logiciel de type AirServer)

LECTURE PERFORMÉE
J’aime le principe de la lecture performée un peu pour les raisons inverses du pourquoi j’aime la plateforme web : elle permet de créer un moment éphémère (qui n’existe que dans le temps présent) autour de la parole et du corps parlant. On peut bien faire une captation audio ou vidéo de la performance vocale, il n’en reste pas moins qu’il faut être sur place pour saisir la charge émotive de textes lus ou déclamés. Zumthor parle de trois niveaux de rapports entre texte et oeuvre : 1) audition/performance complète, 2) lecture publique non mimée/médiatisation audio-visuelle/audition sans visualisation et 3) la lecture solitaire (NOM, p. 126). Cette façon d’organiser les types de performances démontre comment l’oralité (la voix, la présence physique) affecte plus ou moins la réception de l’oeuvre selon le type de situation d’énonciation. Pour Zumthor la voix fait l’oeuvre. (local de répétitions, macbook pro ou tablette, connexion internet, logiciel de type Airserver, projecteur, instruments de musique, GoPro, etc.)

TECHNIQUE
– comptes : flickr, soundcloud, wordpress
– connexion internet
– enregistreur Zoom H4
– logiciels : abletonLIVE, Airserver, photoshop, ThingLink, traitement de texte, etc.
– GoPro
– instruments de musique
– local pour ateliers
– local de répétitions pour lecture performée
– macbook pro ou tablette
– machine à coudre
– machine à écrire manuelle
– matériel de reliure
– papiers-crayons, etc.
– projecteur
– studio pour enregistrement des voix

Voici quelques pistes de réflexion, de lectures et d’écritures  :

  • Travailler autour des notions suivantes : interculturel – intertextuel – oralité – polyphonie – collage – métissage – discours hybride, etc.
  • Comme l’espace environnant, notre environnement est un facteur déterminant de notre (nos) identités, questionner le rapport de l’espace numérique sur notre vision du monde et nos pratiques, plus spécifiquement sur le plan artistique.
  • Comme l’espace numérique est un espace culturel commun, comment l’investir, comment en faire un espace de participation citoyenne où convergent des cultures et des disciplines artistiques diverses?
  • Mettre en parallèle, effectuer un brouillage entre les territoires géographiques et numériques pour faire ressortir l’influence de l’un sur l’autre et vice-versa.
  • Me positionner par rapport à la question de la performance, du performatif ou de la représentation.
  • Les expériences sonores en lien avec la radio m’interpellent. Explorer cette avenue.

Voici quelques artistes, organismes, explorations, qui m’intéressent et m’inspirent (consulter la sections de liens “inspirations-et-connivence” pour plus de références)  :

  • Productions Rhizome : “Rhizome est un générateur de projets interdisciplinaires dont le cœur est littéraire. Sa démarche, basée sur la recherche et l’innovation, ne perd jamais de vue l’objet littéraire. Le texte, ainsi que son auteur, en sont les fondements. Rhizome initie, accompagne, crée, produit, coproduit, accueille en résidence des projets dans lesquels des auteurs s’impliquent, tant dans le processus de création que lors des représentations. Les formes sont diverses – performances, installations, spectacles – et profitent fréquemment des possibilités qu’ouvrent les technologies numériques. À travers ses productions, Rhizome cherche différents moyens de faire participer la littérature, en tant que discipline artistique, à une démarche interdisciplinaire de création. Le but est de favoriser son décloisonnement et, ce faisant, d’apporter à la pratique interdisciplinaire sa richesse sémantique.”

 

  • Jason Nelson / “Dispersed Writting” : “Over the past few years I’ve been exploring a type of writing I’m calling « Dispersed Writing ». It consists of creating context specific poetry and fiction and placing that writing around the web. For example, I might write a poem about lawnmowers and then place the poem within a review of a lawnmower on Amazon. Or I might write a short absurdist fiction about the weather and place it in the comments section of an article about a snow storm. Anywhere words can be placed or entered is a possible home for Dispersed Writing. To link these writings together I use a keyword or a series of keywords or sentences. And so the reading process consists of searching for these phrases, letting the search engine and the reader’s choices decide both which works are read and in what order.”

 

  • Brendon Howell / “Text’n’FX” : “Text ‘n FX is a DJ mixer for text. It is a prototype machine developed in the 80’s for the emerging practice of Hip-Hop. Instead of a DJ mixing two records together, the designers of the device proposed the idea of a Text-Jockey (TJ). The TJ acted as a machine-assisted poet mashing up lyrics read from two floppy disks in real-time using statistics, Natural Language Processing (NLP) and cut-up techniques from experimental literature. The product never made it to market but it exists today as a media-archaeological curiosity.”

 

  • Cécile Portier / “Étant donnée” : “Cette performance interroge la notion de prédictibilité, telle qu’elle s’organise dans les dispositifs numériques en général, et notamment dans les dispositifs d’aide à l’écriture. Chacun en a fait l’expérience : on écrit sur son téléphone, et grâce au logiciel d’écriture intuitive qu’il contient, avant même que le mot ne soit terminé, l’écran l’a écrit pour nous. S’organise un monde du « tout est déjà écrit », très différent, certes, des croyances anciennes en un grand livre du destin, puisque ce déjà écrit devance de quelques millisecondes seulement nos propres intentions…”

 

  • Karoline Georges / “Kyrie Source – objets de sublimation” : “Depuis décembre 2009, la première phase du projet Objets de sublimation, un work-in-progress autour de la narratrice d’Ataraxie, l’avatar Kyrie Source, présente le processus de sublimation du personnage. Par le biais d’une abondante documentation photographique et d’hyperliens dans le métavers Second Life, la première phase du projet présente les composantes de la toujours croissante collection d’«objets de sublimation» du personnage, une collection constituée en majeure partie de dons de créateurs qui participent au raffinement de la corporalité virtuelle.”

 

  • Daniel Canty / “Le tableau des départs” : “Le Tableau des départs éclaire la dimension imaginaire du présent en nous conviant à Pacifica, pays invisible, qui existe dans les interstices du nôtre. Il puise ses matières dans une série d’ateliers de médiation réalisés avec une classe de francisation du Centre William-Hingston, et dans l’histoire d’un quartier centenaire, dont l’héritage ferroviaire et multiculturel rappelle les pouvoirs qui ont prêté forme au Canada from coast to coast.”

hyperliens de l’article :
La France pittoresque/collin-maillard [site]
Pinterest/tableau “papiers” [compte personnel]
Lunettes Roses/article “nos identités déambulatoires” [blogue personnel]
Culture numérique – pour une philosophie du numérique/article “faut-il se déconnecter? Moi, je vais en bateau…” [blogue]
Productions Rhizome/page d’accueil [site]
Chercher le texte/Jason Nelson “Dispersed Writting” [site]
Chercher le texte/Brandon Howell “Text’n’FX” [site]
Chercher le texte/Cécile Portier “Étant donnée” [site]
Karoline Georges/ projet “Kyrie Source – objets de sublimation” [site]
Daniel Canty/ projet “le tableau des départs”  [site]
Bibliographie des citations

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